Avant de mourir en 1944, Hilma af Klint laisse une consigne étonnante : ses œuvres abstraites ne devront pas être montrées au public avant vingt ans. Elle est convaincue que son époque n'est pas prête à les comprendre. Il faudra en réalité attendre 1986 et une exposition consacrée au spirituel dans l'art, à Los Angeles, pour que le monde découvre ses toiles. En 2018, la rétrospective que lui consacre le Guggenheim de New York attire plus de 600 000 visiteurs, un record dans l'histoire du musée.
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Avant de mourir en 1944, Hilma af Klint laisse une consigne étonnante : ses œuvres abstraites ne devront pas être montrées au public avant vingt ans. Elle est convaincue que son époque n'est pas prête à les comprendre. Il faudra en réalité attendre 1986 et une exposition consacrée au spirituel dans l'art, à Los Angeles, pour que le monde découvre ses toiles. En 2018, la rétrospective que lui consacre le Guggenheim de New York attire plus de 600 000 visiteurs, un record dans l'histoire du musée.
Rien ne laissait pourtant présager une telle œuvre. Née en 1862 à Solna, près de Stockholm, dans une famille d'officiers de marine, Hilma af Klint compte parmi les premières femmes admises à l'Académie royale des beaux-arts de Suède. Elle y reçoit une formation très classique et mène ensuite une carrière respectable de peintre de portraits et de paysages. Elle réalise aussi des planches d'illustration scientifique, et son regard minutieux de dessinatrice botanique nourrira plus tard ses compositions abstraites.
La mort de sa jeune sœur, en 1880, l'amène à s'intéresser au spiritisme puis à la théosophie. En 1896, elle fonde avec quatre amies, dont la peintre Anna Cassel, le groupe des Cinq. Réunies lors de séances régulières, les cinq femmes pratiquent le dessin automatique, qu'elles pensent guidé par des esprits supérieurs. Ces expériences libèrent peu à peu sa main de la représentation du réel.
En 1906, Hilma af Klint entreprend les Peintures pour le Temple, un ensemble de 193 œuvres réalisé sur près de dix ans. Spirales, cercles, pétales, coquilles, lettres et diagrammes y composent un langage entièrement nouveau. Au cœur du cycle, la série des Dix Plus Grands, peinte en 1907, représente les âges de la vie, de l'enfance à la vieillesse, sur d'immenses feuilles de plus de trois mètres de haut. Les couleurs pastel, les courbes organiques et les formes qui semblent germer et s'épanouir évoquent la croissance d'une plante autant que celle d'un être humain.
Ces toiles sont peintes plusieurs années avant les premières aquarelles abstraites de Kandinsky, généralement tenues pour le point de départ de l'art abstrait. Leur découverte tardive oblige aujourd'hui les historiens à réécrire les débuts de l'abstraction, longtemps racontés comme une affaire d'hommes et d'avant-gardes parisiennes, munichoises ou moscovites. Hilma af Klint, elle, a peint seule, à Stockholm, pour un temple qui n'a jamais été construit.
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