Marianne von Werefkin est née en 1860 à Toula, en Russie, dans une famille de la haute aristocratie. Son père est général, sa mère peint des icônes. Remarquée très jeune pour son talent, elle devient l'élève particulière d'Ilia Répine, le plus célèbre peintre réaliste russe, et se fait connaître par des portraits sombres et puissants qui lui valent le surnom de Rembrandt russe. En 1888, un accident de chasse lui blesse gravement la main droite. Elle réapprend... Voir plus >
Marianne von Werefkin est née en 1860 à Toula, en Russie, dans une famille de la haute aristocratie. Son père est général, sa mère peint des icônes. Remarquée très jeune pour son talent, elle devient l'élève particulière d'Ilia Répine, le plus célèbre peintre réaliste russe, et se fait connaître par des portraits sombres et puissants qui lui valent le surnom de Rembrandt russe. En 1888, un accident de chasse lui blesse gravement la main droite. Elle réapprend alors à peindre, malgré deux doigts restés paralysés.
Dans l'atelier de Répine, elle rencontre un jeune officier passionné de peinture, Alexej von Jawlensky. À la mort de son père, en 1896, elle part s'installer avec lui à Munich, grâce à la pension que lui verse le tsar. Persuadée du génie de Jawlensky, elle cesse presque entièrement de peindre pendant dix ans pour se consacrer à sa carrière. Son appartement de la Giselastraße devient l'un des salons les plus animés de la ville, où artistes, écrivains et danseurs débattent de l'avenir de l'art. Pendant ces années de silence, elle consigne ses réflexions dans un journal intime écrit en français, les Lettres à un inconnu.
Lorsqu'elle reprend le pinceau vers 1906, sa peinture n'a plus rien de réaliste. Un voyage en Bretagne et en Normandie lui a fait découvrir l'héritage de Paul Gauguin et des Nabis. Elle adopte des aplats de couleurs vives cernés de contours sombres et place souvent de petites silhouettes, paysans, veuves ou promeneurs, dans des décors qui les écrasent. Des toiles comme La Ville rouge, Les Patineurs ou Ambiance tragique en font l'une des pionnières de l'expressionnisme, avec des routes qui s'enfoncent dans des paysages menaçants rappelant parfois l'univers d'Edvard Munch.
À partir de 1908, elle passe ses étés à Murnau, au pied des Alpes bavaroises, avec Jawlensky, Vassily Kandinsky et Gabriele Münter. En 1909, les quatre peintres fondent la Nouvelle Association des artistes munichois, d'où naîtra bientôt le Blaue Reiter. Werefkin s'y impose comme une théoricienne respectée. Contrairement à Kandinsky, qui se dirige vers l'abstraction, elle reste attachée au monde visible, qu'elle transforme par la couleur pour en exprimer la dimension mystique.
La Première Guerre mondiale la contraint à quitter l'Allemagne pour la Suisse. Elle vit d'abord à Saint-Prex, au bord du Léman, puis à Zurich, avant de s'installer en 1918 à Ascona, au bord du lac Majeur. La révolution russe la prive de sa pension, et Jawlensky la quitte en 1921. Dans une grande pauvreté, elle peint des affiches et des cartes postales pour survivre, tout en continuant de créer des paysages du Tessin aux montagnes flamboyantes et aux processions nocturnes. Elle meurt à Ascona en 1938.
Werefkin a laissé une empreinte durable dans sa ville d'adoption. En 1922, elle participe à la création du musée communal d'art moderne d'Ascona, puis fonde deux ans plus tard le groupe d'artistes de la Grande Ourse. Le musée conserve aujourd'hui la plus importante collection de ses œuvres, et contribue à redonner à cette peintre longtemps éclipsée par ses compagnons la place qui lui revient dans l'histoire de l'avant-garde.
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